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Le marché gazier international s'oriente doucement vers l'abandon de l'indexation des prix du gaz sur le pétrole, sous la forte pression des pays européens gros consommateurs, dont la France, l'Espagne et l'Italie.

Le groupe pétrolier Sonatrach tente déjà de s'adapter à ces nouvelles exigences du marché international des hydrocarbures, ainsi que les réalités commerciales de certains produits, comme le gaz naturel, qui devrait être négocié en dehors des anciens paramètres. Avec la fin d'ici à 2021 de ses principaux contrats gaziers à long terme, le groupe pétrolier algérien est ainsi dos au mur, et devrait trouver vite des scénarios réalisables à proposer à ses partenaires, notamment italiens.

Car les contrats gaziers à long terme conclus avec l'un de ses plus importants clients, ENEL, arrivent dans quelques années à échéance. Et là, le groupe italien annonce déjà qu'il veut renégocier ces accords, même s'il confirme qu'il ne va pas les annuler, ni mettre fin à sa relation commerciale avec Sonatrach, qui fournit à l'Italie près de 29 milliards de m3 de gaz annuellement. En fait, le géant italien ENEL a commencé à discuter de ses contrats long terme, qui commencent à expirer à partir de cette année, avec Sonatrach. Selon le P-DG d'ENEL Francesco Starace, son groupe a entamé les négociations commerciales pour la révision des accords gaziers le liant avec le groupe algérien. Il a déclaré mardi que ‘'notre intention n'est pas de les annuler, mais de les remplacer par des contrats différents, qui ne seront plus indexés sur le pétrole». Selon le patron d'ENEL, d'autres contrats d'approvisionnement en gaz à long terme signés il y a 20 à 25 ans avec Sonatrach devraient être renégociés au cours des cinq prochaines années.

Le P-DG d'ENEL a exigé, comme l'ont d'ailleurs exigé les grands importateurs européens de gaz, dont la France, l'Espagne ou les pays de l'Est, que dorénavant les prix du gaz ne soient plus indexés sur ceux du pétrole, car ils sont, selon les pays européens consommateurs, pénalisant pour leurs économies. Une situation qui a amené les pays européens consommateurs à exiger des contrats de fourniture de gaz avec des prix spots non indexés sur les prix pétroliers.

Le groupe Sonatrach a signé son premier contrat avec l'italien ENEL en 1994 pour l'achat de gaz sur 20 ans, l'accord portant sur la fourniture de 4 milliards de mètres cubes de gaz chaque année à partir de 1995. En 2006, un nouvel accord a ensuite été signé en prévision de la réalisation du Galsi, le gazoduc reliant l'Algérie à la Sardaigne, en Italie, qui est resté depuis dans les cartons. En 2006, le groupe pétrolier algérien avait signé deux accords dont un avec ENEL pour la vente de gaz naturel à long terme pour un volume total de 3 milliards de m3 destiné au marché italien et livré à travers le gazoduc Enrico Mattei (Transmed, traversant la Tunisie) à partir de 2008. L'accord avec l'italien ENEL portait sur un volume de 1 milliard de m3/an, qui s'ajoutait aux 6 milliards de m3/an de gaz algérien livrés à ENEL. Mais ces accords à long terme doivent expirer dans les cinq prochaines années, et Sonatrach est appelée à trouver, avec ses partenaires, des solutions réalisables pour offrir des prix du gaz attractifs à ses clients, même si le gaz qatari représente une réelle menace de bradage des prix du gaz dans les prochaines années. Début octobre dernier à Londres au cours de la conférence ‘'Oil and money'', le P-DG de Sonatrach, Abdelmoumène Ould Kaddour, n'a pas fait grand mystère de l'éventualité de l'abandon de la politique commerciale algérienne de son gaz naturel en ne l'indexant plus sur le prix du brut. Il a expliqué lors de cette conférence que Sonatrach ‘'cherche à mettre en place des joint-ventures avec des compagnies de commercialisation pour vendre son gaz'', avant de préciser que les nouveaux accords avec les entreprises pétrolières «ne seront pas indexés sur les prix du pétrole et ne porteront pas sur le long terme». «Nous essayons de trouver de nouvelles voies pour exporter notre gaz et nous cherchons à avoir des joint-ventures en prenant des risques ensemble», a-t-il expliqué, avant d'affirmer que ‘'les contrats à long terme et l'indexation sur le pétrole ne sont plus de mise». «L'équation offre-demande est une opération risquée, et nous sommes à la recherche d'une nouvelle stratégie pour faire face à cela», souligne le P-DG du groupe pétrolier algérien. Réaliste, il a ajouté qu'''à l'avenir, les traders feront partie de la demande, ce qui veut dire que nous avons besoin de trouver de nouvelles voies pour faire des affaires''. M. Ould Kaddour a expliqué cette situation par le fait que la majorité des contrats gaziers long terme expirent d'ici à 2021. ‘'Sonatrach a déjà commencé à réfléchir au moyen de renégocier ses contrats à long terme avec ses clients européens'',    a-t-il annoncé. La production de gaz algérien a atteint les 132,2 milliards de mètres cubes en 2016 alors qu'elle n'était que de 128,3 milliards de mètres cubes en 2015, et Sonatrach prévoit une production de 141 milliards de m3 en 2017. Même avec une rude concurrence du GNL américain, le groupe algérien des hydrocarbures est en mesure d'approvisionner le marché européen du gaz et voudrait renouveler les contrats de livraison avec des pays comme l'Espagne, la France ou l'Italie qui arrivent à leur terme durant la période 2019-2021. Les responsables du groupe affirment que l'Algérie est en mesure de répondre à la demande de l'Union européenne, même sur le long terme. En 2017, l'Algérie a augmenté ses exportations de gaz vers l'Italie, le Portugal et l'Espagne, et devraient atteindre sur les douze mois les 57 milliards de mètres cubes alors qu'elles ont été de l'ordre de 54 milliards de mètres cubes en 2016. Le gaz algérien couvre 16% des besoins de l'Italie, 55% pour l'Espagne (20 milliards de m3) et 15% des besoins du Portugal.

Par Yazid Alilat - In : Le Quotidien d’Oran du 23/11/2017